« L’amour pour épée, l’humour pour bouclier »

Temps de lecture : 5 minutes

Ne l’oublie jamais, l’enjeu n’est pas la gentillesse, mais l’évolution du champ de conscience. Notre ennemie, ce n’est pas la méchanceté. C’est l’ignorance.

Écrit par Bernard Werber, L’Empire des anges est un roman inscrit dans le cycle des anges, précédé du tome 1: Les Thanatonautes.

Quatrième de couverture

Que pensent les anges de nous? Que peuvent-ils faire pour nous aider? Lorsque Michael Pinson (stupidement tué dans un accident d’avion) a passé avec succès l’épreuve de la « pesée des âmes », il a accédé au royaume des anges. Le voilà chargé de trois mortels, qu’il devra désormais guider et aider tout au long de leur vie. Ses moyens d’action: les rêves, les signes, les médiums, les chats. Que faire pour leur montrer la voie du bonheur? Et puis comment s’occuper intelligemment au Paradis, un endroit bien sympathique mais sans cinéma, sans musique, sans restaurant?

Une entrée en matière mortelle (au propre comme au figuré) pour montrer l’importance de la vie terrestre

Suite à sa mort accidentelle, Michael Pinson a accomplit sa mission de mortel: ses différentes incarnations ont réussies à faire de lui un être conscient, éveillé, curieux et surtout, quelqu’un de profondément bon. Il devient donc un être qui succède à l’homme: un ange. Un ectoplasme dématérialisé dont la mission est dorénavant d’aider des humains, ses « clients », à s’accomplir. Mais ! L’ange, bien qu’il soit un être « supérieur » à l’homme, a lui aussi tout à apprendre: il n’est pas un simple guide pour ses humains, car ceux-ci sont les miroirs de sa personnalité. A travers sa mission d’ange gardien, Michael Pinson doit lui-même évoluer, afin de devenir un être encore supérieur à l’ange, et ainsi de suite.

La tâche d’un ange n’est pas facile. Les hommes émettent des souhaits dérisoires et médiocres. J’ ai parfois l’impression qu’ils ont peur d’être heureux. Tout leur problème se résume à une unique phrase: « Ils ne veulent pas construire leur bonheur, ils veulent seulement réduire leur malheur. »

Une construction en 3D

Tout le roman est comme un puzzle construit sur trois dimensions:

  • Les vies des hommes: la terre
  • L’Empire des anges: le Paradis
  • Le monde des mots: la littérature

En effet, on alterne entre les points de vues des anges, ceux des clients des anges, et des pages censées être tirées de L’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu, écrite par Edmond Wells, « l’ange instructeur » de Michael Pinson. Dans cette dernière, on trouve de tout: des articles scientifiques, philosophiques, des blagues, des anecdotes, des réflexions du narrateur, et même une recette de cuisine !

POINT DE VUE:

Blague: « C’est l’histoire d’un type qui va chez son médecin. Il porte un chapeau haut de forme. Il s’assied et ôte son chapeau. Le médecin aperçoit alors une grenouille posée sur un crâne chauve. Il s’approche et constate que la grenouille est comme soudée à la peau.

– Et vous avez ça depuis longtemps? s’étonne le praticien.

C’est alors la grenouille qui répond:

– Oh vous savez, docteur, au début, ce n’était qu’une petite verrue sous le pied. »

Cette blague illustre un concept. Parfois on se trompe dans l’analyse d’un événement parce qu’on est resté figé dans le seul point de vue qui nous semble évident.

Edmond Wells,

Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu, tome IV.

« Rien n’arrive par accident »

Oui, c’est bien un dicton de maître Yoda, et il correspond parfaitement à l’un des plus beaux messages que cette lecture m’a montré.

Le ton léger de l’auteur n’interdit pas les moments graves. Bien au contraire, ce roman montre la vie, et la vie bien au-delà de la mort, sous toutes ses facettes. Tout est un éternel recommencement, un cycle qui perdure tant que les problèmes ne sont pas réglés. Nous sommes confrontés à des choses qui, si nous les repoussons, reviendront tant que nous leur auront pas fait face. Problème: ça peut durer très longtemps, et pas seulement quelques années, mais pendant des dizaines et des centaines d’incarnations. Inutile d’attendre que tout passe, il n’y a pas de date de péremption pour les problèmes.

Par exemple, Igor, un des « clients » de Michael, est depuis une dizaine d’incarnations en conflit avec sa mère. À chaque nouvelle vie, leurs âmes qui ont manifestement quelques différends s’accordent de moins en moins: la haine de la mère est toujours plus forte. Le fils est dans une attitude défensive de plus en plus… tenace. Cette méchanceté qu’il connaît depuis le ventre de sa mère fait de lui un être violent, colérique, qui connaît toutes les sortes d’aliénation, comme le montre cet enfermement dans un quartier d’isolement neurosensoriel:

Moi, on me nourrit pour que je ne crève pas et que je pourrisse dans ma tête. Ici on ne soigne pas les fous. On prend des gens normaux et on les rend fous. Peut-être est-ce un moyen de contrôler la population?

Il faut que je tienne.

Dans ma tête, j’ai l’impression qu’il y a une sorte d’immense bibliothèque dont les livres sont éjectés et tombent. Il y a des petits livres, quand il tombent les mots s’échappent et je perds du vocabulaire.

Ensuite, il y a les gros livres des souvenirs de ma vie passée qui tombent. C’était quoi ma vie avant?

Une dernière chose

L’Empire des anges est un roman qui repose sur beaucoup de valeurs fondamentales, dont la principale est peut-être l’AMOUR.

En effet, toutes les formes d’amour sont importantes, et c’est ce qui permet de résoudre tout:

  • C’est ce qui attache les êtres entre eux
  • C’est ce qui permet aux anges d’avoir envie d’aider leurs humains
  • C’est ce qui donne la foi de ces derniers en leurs anges gardiens
  • C’est le manque d’amour qui créent les conflits
  • etc.

Ce roman met en scène une maxime bien connue: l’amour est plus fort que la haine.

Grâce à son épée de lumière, l’amour neutralise les peurs qui conduisent à la haine, et la haine qui conduit à l’ignorance.

Ne l’oublie jamais, l’enjeu n’est pas la gentillesse, mais l’évolution du champ de conscience. Notre ennemie, ce n’est pas la méchanceté. C’est l’ignorance.

Edmond Wells à Michael Pinson

Et parce que j’adore conclure sur une citation, voici ma préférée:

Les hommes et les femmes sont pressés de se mettre en couple alors qu’ils ne savent pas qui ils sont. C’est souvent la peur de la solitude qui les y pousse. Les jeunes qui se marient à vingt ans sont comme des chantiers au premier étage d’un immeuble qui décideraient de s’élever ensemble, convaincus d’être toujours au diapason et que, lorsqu’ils parviennent au toit, des ponts de seront constamment établis entre eux.  Or, les chances de réussite sont rarissimes. Voilà pourquoi les divorces se multiplient. À chaque passage, à chaque évolution de conscience, chacun estime avoir besoin d’un partenaire différent. En fait, pour bâtir un couple, il faut être quatre: un homme plus sa part de féminité, une femme et sa part de virilité. Deux êtres complets ne recherchent plus chez l’autre ce qui leur manque. Il peuvent s’associer sans fantasmer sur une femme idéale ou un homme idéal puisqu’ils les ont déjà trouvés en eux. »

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